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Chasse des oies : les dessous d un accord (1)

Enregistré le 01/03/2012

 Les sites institutionnels étant, décidément, bien discrets sur le sujet, nous avons souhaité vous exposer en quelques lignes les dessous d’une prolongation qui n’a pas fini de faire couler de l’encre… nos informations sont parfois fragmentaires, merci de bien vouloir nous en excuser.

 Retour sur quelques points indispensables à la bonne compréhension de la situation..

 Depuis le 23 décembre dernier, date de l’arrêt du Conseil d’Etat annulant la fermeture des oies au 10 février et enjoignant au Ministre de prendre un nouvel arrêté fixant une date de fermeture des oies « qui ne soit pas postérieure au 31 janvier », la messe est dite… Mis à part les canards marins dont la clôture de la chasse reste fixée au 10 février sur la « mer territoriale », c'est-à-dire sur une zone l’on ne peut chasser autrement qu’en bateau, la clôture de la chasse de toutes les espèces de gibier d’eau est fixée au 31 janvier.

 Un sérieux revers pour les organisations cynégétiques, mais pas une surprise. En effet, contrairement à ce qu’affirment quelques ignorants, ce n’est pas une question d’absence d’études de la part des milieux du gibier d’eau qui est en cause, mais l’application stricte de la directive « oiseaux », qui stipule que l’on ne peut chasser les oiseaux en période de migration prénuptiale.

 Les études existent depuis longtemps. Il suffit, simplement pour mémoire, de rappeler le fameux rapport ONC/Muséum, vieux d’une bonne quinzaine d’année, pour s’en convaincre. Toute nouvelle étude ne fera que confirmer les précédentes, notamment une migration prénuptiale de plus en plus précoce des oies cendrées venues d’Espagne. Les péripéties de ces dernières années constituaient autant de combats d’arrière-garde, que l’on regrettera ou non, mais le résultat final était connu. La seule inconnue était la date de l’échéance…aujourd’hui nous y sommes.

 Pour l’ASPCO, qui a maintes et maintes fois exprimé cette position dans le passé, la seule façon de retrouver de façon durable une forme de chasse en février se trouve dans une modification de cette fameuse directive « oiseaux » vielle de 33 ans, totalement obsolète car ne prenant pas en compte le caractère de plus en plus précoce de la migration prénuptiale. Une voie n’a, à ce propos, pas été suffisamment explorée, celle de l’accord AEWA qui est nettement plus souple que la directive dès lors qu’il  s’agit d’espèces en bon état de conservation. Il n’est pas trop tard…

 Mais, pour cette saison 2011-2012, il fallait que le gouvernement trouve en urgence une solution pour ne pas trop déplaire aux chasseurs de gibier d’eau à quelques semaines des présidentielles. Il s’agissait aussi de désamorcer un mouvement de fronde lancé tant par les associations (annonce bien imprudente par l’ANCGE de manifestations le 25 février) que par les fédérations (Incitation des fédérations du Nord et du Pas-de-Calais à la désobéissance, avec appel à une chasse illégale de toutes les espèces de migrateurs tout au long du mois de février, et manifestations régionales le 10 mars). Il fallait donc trouver une formule permettant de chasser jusqu’au 10 février, sans s’exposer aux foudres du Conseil d’Etat.

 La solution trouvée par nos dirigeants restera sans doute dans les annales, et se résume en deux mots « prélèvements scientifiques ».

 Si la directive interdit toute chasse « de retour », elle permet par son article 9 de déroger, et d’autoriser « …pour des fins de recherche…la capture…de certains oiseaux en petite quantité… ». C’est cette possibilité qui a été utilisée.

 L’objectif pour les chasseurs : démontrer que les oies tuées en France à cette période sont les mêmes que celles qui sont détruites par dizaines de milliers quelques semaines plus tard aux Pays-Bas, et donc qu’il est ridicule et particulièrement injuste de les priver de cette chasse de début février. De leur côté, les APN affirment le contraire, arguant que les oies tuées en France proviennent d’autres populations (ou sous-populations) qui, elles, ne sont pas en état de conservation favorable.

 L’étude retenue est celle des « isotopes radioactifs », déjà largement utilisée par les chercheurs spécialisés en ornithologie. Les isotopes radioactifs sont généralement caractéristiques d’une contrée donnée, et la faune sauvage en est porteuse. Il suffit donc d’analyser les isotopes radioactifs des oiseaux prélevés et de les comparer aux isotopes des diverses contrées d’où sont issus les oiseaux, Pays-Bas, Scandinavie, ou autres, pour en déduire leur origine. D’où l’idée de demander aux chasseurs de fournir les ailes des oies tuées durant la première décade de février.

 Petite quantité oblige, pour rester dans l’esprit de la directive, un quota national total de 200 oiseaux est retenu, des espèces oie cendrée, oie des moissons et oie rieuse… mais c’est que les complications commencent.

 A l’issue de leur réception par le Président Sarkozy, les représentants des chasseurs avaient réservé ces 200 oies aux quatre plus gros départements préleveurs, le Nord, le Pas-de-Calais, la Somme et la Gironde, le protocole prévoyant, pour un meilleur contrôle, de limiter les quotas aux installations pratiquant la chasse de nuit. Très rapidement, et très logiquement, les départements « oubliés » intervinrent, et obtinrent un meilleur partage du gâteau. C’est ainsi que la liste des heureux élus monta finalement à 13 départements, 11 départements de la façade Manche-Atlantique renforcés de l’Oise et de l’Aisne, départements non maritimes, mais appartenant à la toute puissante Région Picardie. Furent délibérément écartés des départements comme la Vendée ou la Loire Atlantique, où la chasse de nuit n’est pas pratiquée.

 En quelques jours, nos dirigeants ont ainsi réussi à diviser doublement le monde de la chasse du gibier d’eau. D’abord les départements entre eux, ceux qui avaient le droit de prélever, et ceux qui ont regardé passer. Et au sein des 13 heureux départements, les huttiers qui avaient le droit, et les autres chasseurs qui ne l’avaient pas. Discrimination scandaleuse, quand on connait les tableaux respectifs effectués dans les huttes et ceux réalisés par la chasse à la botte. Pour une  hutte, une oie tuée n’est qu’un oiseau de plus au tableau tandis que pour le chasseur à la botte, une oie peut constituer la pièce de la saison, voire de toute une carrière de chasseur.

 La répartition faite, restait maintenant à réaliser la récolte. Pas compliqué à première vue. Une sérieuse vague de froid faisait déferler la faune migratrice dès les derniers jours de janvier. Les premiers jours de février, on nota peu d’oies, à l’inverse des anatidés. Mais les anséridés se montrèrent en masse par la suite, et les quotas auraient être atteints sans peine.

 Et c’est qu’il apparait que les huttiers ont manqué à tous leurs devoirs. Seul un département, la Charente Maritime, annonce la réalisation de son quota de 15 oiseaux. Les autres départements affichent des prélèvements ridicules au regard de ce qui a être réellement prélevé.

la suite dans le message suivant.


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